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Art et Culture Matérielle

La catégorie 4 « Art et Culture Matérielle » concentre les entrées concernant le patrimoine matériel Amérindien de la caraïbe insulaire. Sur chaque île des Antilles, grande ou petite, les artefacts retrouvés par les archéologues sont analysés par des experts de l’art et de la culture afin de déceler leur mode de production, leur fonction ou leur signification. Cette analyse est aidée par les chroniques coloniales qui ont émis à leur époque une interprétation des pratiques amérindiennes, comme celle de Ramon Pané. La mise en commun de ces découvertes permet de produire des travaux de synthèse régionales, comme « Les tainos, les callinas des Antilles » de Henry Petitjean Roger.

Les Trigonolithes 

Les pierres à trois pointes, ou trigonolithes, sont emblématiques de la culture Taino et recèlent bien des secrets. Étudiées depuis la fin du dix-neuvième siècle notamment par le zoologue étasunien Jesse Walter Fewkes, elles sont une forme particulière de zémi (« idoles » faites de végétaux, pierre, coquillage ou poterie attestés dès l’époque des découvertes). Leur forme serait d’après Petitjean Roger une référence au bec du Pivert, oiseau sensé avoir joué un rôle déterminant dans la création de l’humanité d’après les mythes Taïno. En effet ce dernier aurait transformé un être pré-humain asexué en être humain sexué, par l’ouverture en lui d’un sexe féminin.

Si l’on en croit cette ligne de pensée, le trigonolithe serait également lié au développement de l’agriculture, et en particulier de la culture du manioc amer, indispensable aux sociétés Taïnos et Kalinagos. Les chamans Taïnos, ou « buhitus » utilisent donc les trigonolithes, comme les autres zémis, pour communiquer avec les ancêtres, notamment par la prise d’une plante hallucinogène, la cohoba, après une purge préalable réalisée grâce à du tabac vert « pétun » et une spatule vomitive. Ainsi la découverte de trigonolithes brisés datant des alentours de 1300 serait le symbole d’une perte de foi en eux, à mettre en lien avec une sécheresse désastreuse qui affecte le bassin caribéen à cette époque.

trigonolith CC0.jpeg

Image de trigonolithe de la collection diverse de l'institut smithsonien volume 47 de 1905 ( source creazilla, libre de droit https://prod.test.creazilla.com/media/traditional-art/7455013/n254_w1150 )

Les Pétroglyphes et Guanines

Schéma_de_la_roche_gravée_de_Montravail.svg.png

Schéma des pétroglyphes de la forêt de Montravail en Martinique, réalisé à partir d'une photo par Xfigpower (source wikipedia, licence attribution share alike 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.en https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sch%C3%A9ma_de_la_roche_grav%C3%A9e_de_Montravail.svg?lang=fr )

Les symboles gravés dans la roche, ou pétroglyphes, sont un autre témoignage matériel des autochtones de la Caraïbe insulaire. Souvent trouvés à proximité de grottes (lieux connus des amérindiens comme sites funéraires ou rituels), ils représentent de manière stylisée des visages humains, souvent aux yeux ronds, ou des animaux, souvent des grenouilles. Ces deux figures ont une signification profonde, l’homme aux yeux ronds représentant le chaman « buhitu » en transe, tandis que la grenouille représente l’eau et le féminin. Selon Sofia Jönson Marquet (archéologue française), le site à pétroglyphes de Pearls, en Grenade, serait le lieu d’un commerce intense avec le continent américain et le reste des Antilles, au vu de la richesse et de la diversité du matériau archéologique retrouvé.

Les adornos, figures sculptées dans les anses de vases Tainos, sont là encore signifiants sur le plan symbolique, de nouveau avec le motif de la grenouille, mais aussi de la chauve souris, qui représente elle le masculin et l’air. Les bijoux fait d’alliage d’or ou « guanines » (en provenance du Venezuela actuel, témoignant d’un commerce significatif des Tainos avec les peuples du bassin de l’Orénoque, sur le plateau des Guyanes) sont également des artefacts importants, qui ont alimentés la soif d’or de Cristophe Colomb. Enfin, leur étant souvent associé, des petits masques en coquillage appelés « Guaiza », qui servaient d’après Angus A. A. Mol (Archéologue et scientifique social néerlandais) de monnaie d’échange symbolique et d’objet de signalement ostentatoire, portés sur le cou, la taille ou le front.

Des objets puissants

Toutes ces découvertes matérielles nous permettent de porter un regard sur la société amérindienne du quotidien et des jours spéciaux. Par leur fabrication, leur utilisation et leur commerce, les objets d’art Taïno véhiculent un rapport au monde particulier, pour peu que leur analyse se fasse d’une manière rigoureuse et respectueuse. Ils gardent aussi peut-être, aux yeux de ceux qui les regardent aujourd’hui, un peu de la puissance politique et spirituelle qu’ils représentaient alors. Testaments de la capacité d’invention amérindienne, ils sont restés longtemps au fond des forêts de nos îles.

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Guanines retrouvées à Cuba, publiées dans Marcos Martinón-Torres, Roberto Valcárcel Rojas, Juanita Sáenz Samper, María Filomena Guerra, Metallic encounters in Cuba: The technology, exchange and meaning of metals before and after Columbus, Journal of Anthropological Archaeology, Volume 31, Issue 4, 2012, Pages 439-454, ISSN 0278-4165, (source wikipedia, licence creative commons 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.en https://commons.wikimedia.org/wiki/File:1-s2.0-S0278416512000268-gr11_lrg.jpg )

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